Le sport scolaire : un arbre fourchu devenu stérile!

Rabat – Nawal EL Moutawakil, Salah
 Hissou, Brahim Boulami, Zahra Ouaziz… des champions qui rayonnaient dans le ciel du sport marocain. Beaucoup d’entre eux étaient le fruit des jeux scolaires où ils ont connu leurs premiers succès. Un fruit somptueux qui devenait amer au fil des années et tombait d’un arbre dont les racines sont profondes et son ampleur prend de plus en plus d’espace.

Le Maroc, lors de cette dernière décennie, a connu un intérêt inédit pour le sport traduisant la volonté exprimée par le message de SM le Roi Mohammed VI adressé aux Assises Nationales du Sport, tenues à Skhirat les 24 et 25 octobre 2008. Un intérêt, suscitant un financement sans précédent afin de réaliser l’objectif escompté, a abouti à l’organisation de la Gymnasiade 2018 et la nomination d’un Marocain, à la tête de la Fédération Internationale du sport scolaire (ISF) en Afrique, pour un mandat de 4 ans.

Le sport scolaire a connu ses débuts par la création du comité central universitaire et scolaire d’éducation physique et sportive (CCUSEPS) en 1929, la création du comité du sport scolaire et universitaire (CSSU) en 1959 et l’inspection générale de l’éducation physique et du sport scolaire la même année. En outre, le service de l’éducation physique et du sport scolaire a été créé en 1973, la division d’éducation physique et du sport scolaire en 1975, l’association marocaine du sport scolaire (AMSS) en 1986, la direction d’éducation physique du sport et de l’hygiène scolaire en 1994, la fédération royale marocaine du sport scolaire le 28 mai 1996 (FRMSS) et la direction du sport scolaire en 1998, devenue la direction de la promotion du sport scolaire en 2002.

Pour M. El Chaheb Mustapha, professeur agrégé d’EPS et entraîneur national, le sport scolaire dans les années 60-80, plus exactement l’ASS, était au service du sport civil et avait pour but de représenter la nation au niveau régional et international. Alors que “l’évolution de l’ASS après cette période peut être caractérisée par un élargissement du champ d’action du sport scolaire, de ses visées et de ses préoccupations”.

L’ancien entraîneur de l’EN de handball a souligné que les décideurs ont toujours donné de l’importance au sport scolaire. Il a précisé que l’EPS a été marquée par les Instructions Officielles de 1964, 1971, 1977 et 1982, les orientations pédagogiques de 1991, les orientations éducatives de 2000, la Charte d’Éducation sur la formation de 2000, le livre blanc en 2001, le programme d’enseignement et orientations éducatives en 2007 et la lettre royale que SM le Roi Mohammed VI a adressé aux “Assises nationales du Sport”, tenues à Skhirat les 24 et 25 octobre 2008.

Alors, qu’est-il arrivé au sport scolaire ? Pourquoi il n’est plus la pépinière de jadis ? Etait-ce juste le fruit du hasard et de l’inné ? Quelles sont les circonstances qui ont mené à cette situation de sécheresse ? Qu’attendons-nous concrètement du sport scolaire ?

“Qu’on se le dise, le sport scolaire souffre de problèmes internes et externes inhérents qui entravent la bonne marche de cette organisation sportive et éducative”, a été la première réflexion de M. El Chaheb avant de poursuivre ses propos. Au niveau infrastructurel, les écoles primaires sont dépourvues d’installations sportives, les collèges accusent un énorme déficit en terrains et matériel sportif. Pis encore, les besoins sportifs des établissements des zones rurales sont souvent reportés dans la dernière tranche du programme de construction.

Sur le plan organisationnel, la suppression des heures d’ASS, la programmation des cours durant les deux après-midi réservés au sport scolaire et l’arrêt de l’entraînement des équipes ou athlètes éliminés par manque d’autres objectifs empêchent le recrutement des élèves de haut niveau, en plus de nombreux autres problèmes (déplacement, sécurité, assurance scolaire, hébergement, arbitrage, licences,…), a indiqué le professeur.

Sur le plan pédagogique, le rôle du sport scolaire se limite à la détection des perles rares qui doivent être orientées vers les clubs civils et fédérations. Cette mission n’est pas bien assumée par les enseignants d’EPS qui manquent de formation continue sachant que les sciences de sport sont en perpétuelle évolution.

Exprimant sa contrariété, M. El Chaheb a expliqué que la FRMSS a effectué plusieurs partenariats avec le CNOM, le MJS, les ligues et les clubs du sport civil, notamment des accords avec la FRMA en 1994, la FRMFB en 1996, la FRMT en 1997, la FRMBB en 1998 et la FRMHB… mais sans atteindre le but souhaité.

Dans le même sens, il a indiqué que “le divorce entre le sport scolaire et les différentes instances du sport civil bloque cette volonté de servir le sport civil de la part des enseignants d’EPS. Il serait plus judicieux de déménager la matière d’EPS et du sport scolaire du ministère de l’éducation nationale vers le ministère de la jeunesse et du sport”.

Dans l’intention de faire promouvoir le sport scolaire, M. El Chaheb, homme de terrain, a noté que les perspectives possibles peuvent être classées sur plusieurs niveaux. D’un côté, l’obligation de réinstaurer l’ASS de masse et la décentraliser par rapport à l’ASS d’élite afin de recevoir un maximum d’enseignants encadrants et de participants, d’établir une liaison entre les cours d’EPS et les séances d’ASS, d’exploiter au mieux les installations sportives et faire participer les élèves comme joueurs mais aussi dans les tâches d’organisation, de managérat et d’arbitrage.

D’un autre côté, l’ASS d’élite pourra réfléchir à la mise en oeuvre de commissions techniques spécialisées au niveau de chaque délégation, qui seront chargées de l’opérationnalisation des stages de formation des encadreurs dans chaque discipline, l’élaboration des partenariats avec les clubs proches et la commune pour l’exploitation des terrains. Elles auront également comme mission la création de centres d’entraînement, d’écoles de sport, des clubs sportifs scolaires, ayant des horaires adaptés à l’instar des clubs civils, la médiatisation du sport scolaire et universitaire et la création des réseaux relationnels de marketing.

Malgré cette situation contradictoire, le sport scolaire devrait rester fidèle à ses missions, une pépinière et un réservoir inépuisable de talents qui contribuera à déceler les futurs champions dans différents sports, pour alimenter les associations sportives, les universités et les clubs civils. Sans oublier son rôle actif et prépondérant dans le développement intellectuel des élèves et étudiants, leur développement social et leur immunisation contre toutes les formes de violence et de délinquance.

mapexpress.ma

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