Revue d'EPS

Gymnastique: le saut en lune

Faits Saillants

  • Analyse biomécanique
  • Organisation motrice
  • Les exercices
  • Réaliser un saut en lune
  • Jambes en fermeture sur le tronc

ANALYSE BIOMÉCANIQUE

Percussion-impulsion

Le saut en lune s’apparente à un salto avant corps tendu. L’essentiel de l’énergie provient de la percussion des jambes. Le rôle de l’impulsion des bras sur le cheval est essentiellement :
– de transformer une partie de l’énergie cinétique en rotation (ou moment cinétique) du premier envol en énergie, translation permettant une élévation dans le deuxième envol
– d’augmenter, dans une moindre mesure, l’amplitude du saut par un apport d’énergie dû à l’impulsion sur le cheval.
Chez le débutant, le rôle des bras peut être réduit à un simple appui plus ou moins solide. La quantité d’énergie provenant de la percussion des jambes dépend très directement des qualités de la surface d’appel (plus elle est élastique, plus elle permet d’obtenir de l’énergie).
Un mini-trampoline permet de réaliser un saut en lune avec quelques pas d’élan et une percussion de durée relativement grande.
Un tremplin, même de compétition, nécessite une vitesse de course beaucoup plus élevée, la durée de percussion étant plus brève.
Le choix du mini-trampoline dans notre approche est essentiellement dicté par la nécessité de diminuer l’importance des actions motrices au cours des apprentissages (course peu importante, impulsion des jambes peu intense) et d’obtenir malgré tout des trajectoires élevées.

Rotation du corps

La rotation du corps est due en grande partie à une impulsion excentrique . Lorsque la surface d’appel devient plus rapide (de minitrampoline à deux tremplins superposés puis à un tremplin), avec un sujet qui a peu d’élan, la rotation dépend de plus en plus du blocage de la vitesse horizontale.
La vitesse ascensionnelle des jambes dans le premier envol est l’élément essentiel de la réussite de la lune (puis de son évolution technique comme lune salto groupé ou tendu) car ce sont surtout elles qui emmagasinent l’énergie cinétique créée à l’impulsion. Cette énergie doit être le plus possible dirigée vers le haut et non vers l’avant, au moment où le sujet touche le cheval. Pour cela, le corps doit être tendu ou en extension au cours du premier envol.
Compte tenu de la vitesse horizontale et de la vitesse de rotation, plus la rotation du corps est rapide, plus les jambes vont vite (et les bras lentement) et moins il y a de choc à la pose des mains.

En plus des pénalités générales précisées par le code de pointage, il existe au saut des pénalités spécifiques à l’agrès : la réception désaxée. Des marques sur le tapis de réception permettent aux juges de retirer une certaine pénalité selon l’emplacement des pieds. . la notation

En la matière nous distinguons deux types de problèmes :
– la prise de l’information ; en gymnastique, elle est à la base de l’équilibration et de l’instauration des postures
– l’action motrice.
Dans l’apprentissage que nous proposons, nous utilisons deux démarches complémentaires.

LES EXERCICES

1 Information : découvrir la posture.
Sentir que si le corps est rigide, il rebondit sur le minitrampoline et peut rouler facilement : rebondir plusieurs fois sur un minitrampoline horizontal, mains sur le tapis pour réaliser une roulade sur une table de saut basse.
2 Information sur la réaction corps/trampoline : gérer les angles de chute et de renvoi au cours de la liaison : un pas – percussion – roulade. La faible énergie nécessaire est fournie par le départ en contre-haut.
3 Information : faire percevoir l’augmentation de la hauteur du rebond par l’aménagement du milieu : éloigner le plin-th ou augmenter sa hauteur mais garder le minitrampoline près de la table.
– le corps doit être le plus tendu possible.
4 Action : créer sa propre énergie, puis augmenter la vitesse : course d’élan (sur piste surélevée s’il s’agit de sujets de petite taille), percussion sur minitrampoline, pose des mains et roulade sur la table.
– pendant la course, regarder l’endroit où ion va poser les mains (et non le minitrampoline).
Dans tous les exercices précédents, les pieds quittent le sol après que les mains se soient posées sur la table. Il y a double appui, pieds-mains. Il faut maintenant créer un temps de vol entre l’impulsion des jambes et la pose des mains sur la table pour rouler.
5 Information sur le corps en vol : créer un vol du corps dans l’espace en diminuant la contrainte motrice de la course d’élan :
– reprendre l’exercice 3 en demandant au sujet de poser les mains soit au-delà d’une ligne tracée sur la table, soit au-delà d’un obstacle mou (cube de mousse).
– on peut aussi éloigner modérément le minitrampoline de la table.
6 Information : augmenter la durée de vol par l’éloignement, et éventuellement la plus grande hauteur, du plinth de départ : ceci entraîne une percussion plus intense ;
– l’éloignement va induire une vitesse horizontale favorable à la rotation au moment de l’impulsion- la hauteur de départ va augmenter l’amplitude du vol- la pose des mains loin devant permet de tourner le corps plus tendu.
7 Action : créer son énergie puis l’augmenter : course d’élan de plus en plus rapide pour augmenter le temps de vol (élévation), le corps de plus en plus tendu- pendant la course, regarder l’endroit où l’on va poser les mains, – effectuer une roulade.
Mettre en place l’A.T.R. (cf. encadré 1).
8 Information : intégrer la posture A.T.R. à l’issue d’un vol. L’action motrice est minimum grâce au plinth et au minitrampoline mais l’énergie obtenue est suffisante pour monter jusqu’à l’AIR.
– placer un vol avant l’A.T.R.- regarder les mains jusqu’à la verticale- l’arrivée plat dos est sécurisante.
En général, les élèves ont un premier vol corps légèrement cassé car ils n’ont ni le temps ni l’espace suffisants pour tourner le corps tendu.
9 Information : augmenter la durée du vol, le corps de plus en plus tendu. L’énergie et la vitesse horizontale augmente par l’aménagement du milieu.
– éloigner le plinth du départ ; l’impulsion n’est toujours qu’un rebond sur des jambes tendues, la vitesse horizontale facilite la rotation du corps- placer les mains loin sur la table ou éloigner un peu le minitrampoline de la table pour faciliter la rotation du corps pendant le vol, – regarder longtemps les mains (jusqu’à la verticale).
10 Action : créer et augmenter l’énergie par l’utilisation d’une course d’élan (action motrice) :
– rechercher le vol précédent puis augmenter l’amplitude
– l’arrivée sur les mains doit se faire corps rigide, tendu, épaules ouvertes
– pendant la course d’élan, regarder l’endroit où l’on va placer les mains.
On peut observer un deuxième envol si le corps est bien rigide et la vitesse de rotation suffisante ; il suffit de poser les mains plus vite sur le tapis, au même endroit.
11 Information. Posture. Rotation corps cassé. Ce défaut est corrigé par l’exercice suivant.
– mains sur un plinth bas, percussions répétées sur un tremplin, – tirer les talons vers le haut entre chaque percussion sans élever le bassin.
A ce niveau, le flic flac avant et le salto avant peuvent être abordés de manière spécifique avec des chances de succès rapide. Ceci diversifie les coordinations et contribue à l’apprentissage du saut de lune.
De la lune arrivée à plat dos à la lune complète. Contrôle de la réception après un passage aérien dos face au sol.
12 Information : demi-rotation du corps dans l’espace pour arriver debout sur le tapis :
– partir debout au niveau du dessus du cheval pour exécuter son A.T.R.
– le sujet est porté aux épaules et au bassin par des aides placés en contrebas, pendant la demi-rotation qui l’amène sur ses pieds.
Il prend des Informations sur ses changements d’orientation et sur le moment où ses pieds arrivent sur le tapis, ce qui le surprend la première fois car ses jambes n’anticipent pas l’arrivée au sol.
13 Information. Postures : enchaîner les différentes postures en vol, A.T.R.. vol en rotation avant, ajouter une action motrice bien connue et peu intense à l’exercice précédent :
– rebondir sur la minitrampoline pour obtenir un vol avant de passer en A.T.R, puis tomber en lune, toujours avec aides.
14 Information. Posture : augmenter la durée des deux vols en écartant le matériel :
– pour éviter le trou entre le minitrampoline et le cheval, placer un plinth en mousse en large. On peut aussi faire sauter sur le plinth en long. On agit sur l’énergie emmagasinée plus que sur les actions d’élan ;
– placer les mains loin du minitrampoline permet de tourner le corps tendu.
Lorsque le débutant pose vite ses mains sur le cheval, ce n’est pas pour chercher un 2* envol élevé mais parce qu’il appréhende le vol. Pour cette raison il faut, dans un premier temps, légier la hauteur du vol et la vitesse de rotation.
15 Action : créer son énergie et augmenter la vitesse. Tendre le corps le plus vite possible dans le premier vol.
– les aides deviennent pareurs,
– le cheval est placé assez loin, éventuellement contre un plinth en mousse.
Le saut peut être tait sur un plinth en long.
16 Information : travailler l’impulsion scapulaire :
– A.T.R. sursaut (fig. a) ;
– A.T.R. maintenu (fig. b) par un aide ou un appui contre un mur. Passer de regard sur les mains à regard sur les pieds en rentrant le ventre et en poussant vite sur le sol avec les mains.
17 Action : impulsion scapulaire. Placer une action motrice des bras pour augmenter l’élévation dans le 2e envol :
– garder le corps rigide, épaules ouvertes au moment de la pose des mains sur le cheval- le regard passe vite de mains à pieds pendant l’impulsion scapulaire- il faut toucher le cheval alors que les jambes ont une trajectoire rapide et ascendante.
On n’obtiendra une élévation dans le 2e envol que si le corps tourne suffisamment vite au cours du 1er envol et si les mains vont vite sur le cheval.
18 Action : course rapide et accélérée, impulsion scapulaire. Passer à l’utilisation de deux tremplins superposés, puis à un seul.
La structure globale du saut est assimilée, il n’y a plus de problème informationnel ni postural important, on agit alors sur la vitesse de la course d’élan et l’intensité de la percussion. Ces deux facteurs augmentent lorsque l’on passe du minitrampoline à deux tremplins puis à un seul.

La première privilégie l’équilibration, l’information sensorielle et l’instauration de postures. Dans un premier temps, les situations ont pour objet de résoudre des problèmes d’équilibration. Les exercices visant à instaurer, puis à développer des actions motrices ne seront utilisés que dans un second temps. Nous schématiserons cette approche (2) de la façon suivante :
– Information, posture (équilibration), action puis accélération.
La deuxième s’appuie sur une transformation progressive. Au cours des essais successifs d’un même exercice, les actions, l’information et les postures seront modifiées : l’augmentation de l’intensité de l’action entraîne une trajectoire plus élevée, donc de nouvelles informations qui permettent une action plus intense, qui modifiera alors les informations…
Nous poserons un seul problème à la fois (identifié par nous en tant que tel). C’est-à-dire que lorsque l’élève est confronté à de nouvelles informations sensorielles, il faut, dans l’exercice, diminuer l’importance de l’action motrice (celle-ci peut d’ailleurs être inexistante chez le débutant). De même, l’exercice privilégiant l’action motrice (intensité, vitesse) évitera les problèmes informationnels nouveaux
Le saut en lune n’est qu’un objectif technique. Le savoir-faire doit être beaucoup plus large et inclure le plus grand nombre de formes d’appuis-tendus-renversés (A.T.R.) et de rotations du corps dans l’espace. Les différents apprentissages (saut de mains, flic flac et salto avant) qui peuvent être présentés de manière linéaire se recoupent puisque certains mouvements gymniques posent des problèmes communs.

 

RÉALISER UN SAUT EN LUNE

Les problèmes à résoudre
Maîtrise de la rotation du corps dans l’espace, de groupé à tendu.
La durée de la phase aérienne est primordiale. Nous construirons d’abord la coordination « course-impulsion-rotation avec appui ». puis le vol avec une demi-rotation, arrivée sur le dos.
Maîtrise de l’A.T.R. passager (mais tonique).
Réception sur les pieds après une demi-rotation, puis une rotation dans l’espace, avec ou sans passage à l’A.T.R. Cela pose le problème du contrôle de la réception après un passage dos face au sol. Utilisation d’une impulsion scapulaire pour entraîner une élévation du corps dans le deuxième envol à partir de l’énergie accumulée dans le premier envol.
Réalisation du saut avec tremplin qui met en ?uvre la stabilité de la coordination lorsque l’on augmente la vitesse et l’intensité de toutes les actions.
Remarques
La maîtrise de la rotation et celle de l’A.T.R. doivent être traitées simultanément, leur acquisition est indépendante.
La réalisation de sauts de type franchissement jambes écartées ou entre les bras ne résout aucun de ces préalables identifiés.
Insister sur les impulsions scapulaires avant d’avoir traité les problèmes de rotation du corps dans l’espace ne nous paraît pas judicieux (cf. encadré 2).

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profayoub

Professeur d'éducation physique et sportive au Maroc académie Sous-Massa depuis 1998. formation au Centre pédagogique de Taza ( promo 96-98). Passionné du : Vélo , pêche , informatique , gastronomie , musique( luthier).

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